Sammode Studio

Sammode est une entreprise française fondée en 1927 à Châtillon-sur Saône, dans les Vosges. À la fois concepteur et fabriquant, mêlant artisanat et industrie, Sammode continue d’y fabriquer ses luminaires, sans recours à la sous-traitance, ce qui permet de leur assurer une qualité parfaite.

D’abord généraliste, Sammode se tourne vers l’éclairage industriel dans les années 1930, équipant mines de charbon et sites ferroviaires. Les premiers « tubes fluorescents hermétiques » destinés aux lieux extrêmes naissent à la fin des années 1950 : ce sont les fameux « TFH » qui équipent aujourd’hui raffineries, plateformes pétrolières, chaînes d’assemblage aéronautiques et centrales nucléaires. 

Dans les années 1990, cette technicité se met au service de l’architecture. Sammode livre, en particulier, les luminaires de la Bibliothèque nationale de France conçue par Dominique Perrault, architecte avec lequel elle entame une longue et fructueuse collaboration. 

D’autres collaborations artistiques suivirent (Normal Studio, Yann Kersalé), conduisant à l’ouverture de Sammode Studio, branche dédiée à l’éclairage décoratif. La rencontre avec les descendants de Pierre Guariche (1926–1995), l’un des plus grands designer et architecte d’intérieur français, a permit la réédition ambitieuse de ses luminaires les plus emblématiques.

passerelle Simone de Beauvoir, Paris (architecte Dietmar Feichtinger) 

collection Pierre Guariche

G13, applique et plafonnier 

design Pierre Guariche, 1952

Sammode Studio

G25, applique et plafonnier

design Pierre Guariche, 1951

Sammode Studio

G1, lampadaire, applique et suspension

design Pierre Guariche, 1951

Sammode Studio

Les Tubes

(prochainement)

Pierre Guariche

Fils d’orfèvres parisiens, Pierre Guariche (1926–1995) entre, à 19 ans, à l’École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris, section Architecture intérieure. Un enseignant le marque profondément : René Gabriel, l’un des précurseurs du design industriel et fieffé promoteur de la fabrication en série. Tout comme, dans une autre mesure, Marcel Gascoin, divulgateur du rationalisme chez qui le jeune homme file d’ailleurs travailler, en 1949, sitôt son diplôme en poche. Guariche y passera deux ans avant d’ouvrir, en 1951, sa propre agence. Son credo : concevoir du mobilier et des luminaires modernes rationnels dans l’optique de les produire en série grâce à des procédés industriels nouveaux, afin de les rendre abordables pour le plus grand nombre. Louable défi !

Au début, Pierre Guariche est obligé de faire fabriquer ses modèles en très petites quantités, qu’il vend même « en appartement ». Pour se faire connaître, il n’hésite pas à exposer sa production tant en France — Salon des artistes décorateurs, Salon des arts ménagers —, qu’à l’étranger — Triennale de Milan —. L’accueil du public est favorable et les éditeurs commencent à s’intéresser à lui. À Paris, la Galerie M.A.I., qui vante déjà les créations d’Alvar Aalto, Max Bill ou Charlotte Perriand, repère son travail et édite quelques pièces. L’objectif de Guariche est clair : œuvrer pour les meilleures entreprises de l’époque, du moins celles ouvertes aux formes nouvelles et à l’innovation. Airborne et Les Huchers-Minvielle, plus tard Meubles TV ou Meurop, fabriqueront les meubles, Steiner les sièges et Disderot les luminaires.

Les commandes affluent. L’union faisant la force, Pierre Guariche appelle à la rescousse deux confrères passés eux aussi par l’atelier Gascoin, Michel Mortier et Joseph-André Motte, afin d’œuvrer de concert. Ils fondent alors l’Atelier de recherche plastique (ARP). L’association sera brève — 1954–1957 —, mais décisive, car elle revendique une nécessaire évolution du mobilier et des luminaires, du point de vue de leur conception, de leur fabrication et de leur distribution. Seule manière, selon le triumvirat, d’accéder à une réelle modernité.

Pierre Guariche mène de front deux activités : d’une part, le design ; de l’autre, l’architecture intérieure. L’homme est un as de l’expérimentation, toujours prompt à employer des matériaux nouveaux. La chaise Tonneau qu’il signa pour Steiner, en 1952, fut la première assise en contreplaqué moulé commercialisée en France. Édité en 1963 par Les Huchers-Minvielle, son fameux siège de repos Vallée blanche, lui, sera salué pour son inventivité, à l’égal de la Chaise longue du trio Charlotte Perriand/Le Corbusier/ Pierre Jeanneret.

Dans les années 1960–1970, Guariche va davantage se consacrer à l’architecture intérieure. Il aménage une myriade de bureaux — tels ceux d’EDF, à Compiègne –, de sièges sociaux — dont celui de la Sonacotra, à Paris — et autres bâtiments publics, comme, à Firminy (42), l’hôpital ou la Maison de la culture, construite par un certain... Le Corbusier.

Dans un autre registre, Pierre Guariche participe au développement des grands équipements touristiques en bord de mer et à la montagne. Côté plage, il conçoit ainsi l’aménagement intérieur de la résidence Athéna, à Bandol. Côté stations de sports d’hiver, il réalise, entre autres, un restaurant et une discothèque à Isola 2000, mais surtout un vaste programme pour La Plagne : les logements, deux hôtels, une chapelle, une banque, une pharmacie, des cinémas, des galeries commerciales... Ce skieur invétéré ira même jusqu’à dessiner la benne du téléphérique.

À Évry (91), Guariche aménage le Palais de Justice, ainsi que la Préfecture de l’Essonne. Toujours à la pointe de l’innovation, il bénéficie, pour la conception de certains sièges, des services d’un lieu d’expérimentation nouvellement créé : l’Atelier de recherche et de création (ARC) du Mobilier national, l’institution chargée de l’ameublement des locaux des plus hautes administrations de l’État.

En 1965, Pierre Guariche décroche le Prix René-Gabriel qui récompense « des créateurs imaginant des modèles innovants dans une gamme qualitative et économique », reconnaissance ultime de son rôle dans l’histoire du mobilier et des luminaires modernes de série.